vendredi 5 mars 2010

Journal d'Italie de David B.

Entre 97 et 2003, David B. nous a offert une des œuvres les plus importantes de la Bande Dessinée des années 90-2000. Derrière le titre de « l’Ascension du Haut Mal », évoquant l’épique et l’aventure, se cachait un récit autobiographique : Celui de David B. et de son rapport à l’épilepsie de frère.

Depuis, délaissant quelque peu l’autobiographie, il s’est illustré par son talent de conteur, inspiré des légendes du monde entier il se fabrique ses propres histoires, revendique ses influences et se crée une mythologie personnelle, tenant autant des légendes japonaises que des récits sumériens.

Il revient cette année avec un livre intitulé « Journal d’Italie ; Trieste Bologne » ; titre nous promettant un retour à l’autobiographie. Mais, comme une bonne histoire c’est un récit qui nous propose à la fois ce qu’on attend de lui et nous réserve son lot de surprises, Journal d’Italie est bien un journal, mais il est aussi l’opportunité pour David B. de nous raconter des histoires.

Ainsi, durant ces flâneries dans les rues de Trieste et de Bologne, fuyant les rues encombrées de touristes, sa rencontre avec une statue de lion nous gratifie de l’histoire d’un prétendant messie juif projetant de construire une nouvelle tour de Babel. Se faufilant dans les petites rues débouchant sur une piazza, la visite de la maison des chats nous plonge dans les strates de l’évolution, traversant tour à tour le royaume des chats ou celui des cafards...

Les balades de David B. nous offre des histoires oniriques qui nous rappellent les contes merveilleux que nous lisaient nos parents, des histoires sorties de livres si grands que nous pouvions en faire des châteaux ou des bateaux de pirates.


David B.
Journal D’Italie T1 chez Delcourt, collection Shampooing

dimanche 17 janvier 2010

Hint Versus EZ3kiel


Jarring Effects, label de musique, propose tout les ans sa soirée, le Riddim Collision : C’est l’occasion pour les aficionados du label de retrouver bon nombre des signatures et des artistes gravitant autour. Chaque édition livre son lot de surprise.

Lors de l’édition 2008, les spectateurs ont eu le droit à la rencontre live entre EZ3kiel, groupe phare du label et Hint, groupe français de Post Rock qui vient de se voir consacrer une réédition/Best Of chez Jarring.

La rencontre fut humaine ; les deux groupes décident de faire une tournée ensemble et de la graver sur un coffret CD/DVD. Musicalement, comme pour honorer la soirée investigatrice, c’est plutôt la collision ! EZ3kiel, avec sa musique millimétrée, ses compostions précises aux thèmes déclinés, à la fois brutale, féérique et mélancolique. Hint avec une musique plus sauvage, des élans free, des mélodies entrelacés, dans un magma bouillonnant.

Mais quant on voit ses deux entités, aussi différentes qu’un électron et un proton, on se doute bien, avec leur complémentarité intrinsèque, qu’en les balançant dans l’accélérateur qu’est la scène, que le choc sera puissant, et que quelque chose de beau et de nouveau en sortira...

Le résultat est surprenant.

Sur scène, jusqu’à quatre guitares et basses, deux batteries, des machines électroniques, des cuivres et un xylophone, offrant une scène esthétique, sur deux niveaux. Les instruments rythmiques en haut nous suggérant qu’elle ne sera pas là uniquement pour soutenir la puissance des instruments amplifiés, un mur d’amplis construit symétriquement, dont les lampes sont suggérées par des projecteurs jaunes suspendus. Fer, bois, froid, chaud, le tout dans une ambiance quelque peu retro futuriste, évoquant l’esthétique de Bienvenue à Gattaca.

Les répertoire est composé de titre des deux groupes : Hint insuffle une énergie nouvelle dans les compositions d’EZ3kiel, qui pourtant n’en manquait pas (Versus, Volfoni’s Revenge) n’ayant pas peur de tailler dans les broderies fines des thèmes et de se glisser dans les structures d’orfèvres de ces derniers, alors qu’EZ3kiel soulève, assoie, ou donne du volume et une structure sur lesquelles Hint peut laisser aller tour à tour ses mélodies et son chaos bruitiste et free (100% White Puzzle, Flexible).

Le CD propose donc la captation audio de ses concerts et le DVD la vidéo. Mais on y retrouve aussi un carnet de route de la tournée ou les deux groupes racontent l’osmose qui s’est installée (comme deux jumeaux séparés à la naissance disent-ils), la mise en place des morceaux et le plaisir de jouer de la musique. Intimité toujours instructive quand on sait que dans la musique le derrière de la scène est aussi important que le devant...

Collision Tour est donc l’occasion de retrouver EZ3Kiel, surement des meilleurs groupes de la scène hexagonale, encore en évolution (écoutez Versus, dans sa version studio, sur le Live EZ3kiel Versus DAAU, et celle-ci pour vous en convaincre), et de découvrir Hint pour ceux qui ne les connaissaient pas (c’est mon cas...) dans un fracas sonore sur une scène belle et sobre. Et puis pour le même prix vous pouvez choisir ce coffret CD/DVD ou le CD OU DVD de la dernière tournée de Vincent Delerme...

samedi 2 janvier 2010

AVATAR

Jake Scully, vétéran hémiplégique des marines est envoyé sur la planète Pandora par une multinationale pour remplacer son frère à cause de sa proximité génétique avec ce dernier. Pas tout a fait Abel et Caïn, pas tout à fait Rémus et Romulus... Sully est plongé dans la spirale des doubles et il nous y emportera...

Pandora est une planète abondante et chatoyante peuplée de Na’vis, humanoïdes bleus de peau vivant en symbiose avec la nature environnante.

La mission de Jake est d’incarner, dans le sens premier du terme, l’AVATAR (hybride génétique entre l’homme et le Na’vi) de son frère afin d’infiltrer le peuple autochtone pour mieux le chasser et extraire en toute tranquillité un précieux minerai.


Effectivement le nouveau film de James Cameron est un spectacle grand public, un divertissement Hollywoodien avec son lot de grosses ficelles (on connaît le déroulement du film au bout de 5 min), de caricatures (le propos écolo...) et son happy ending inévitable (ils s’aimèrent et blablabla). Oui le script n’est pas un sommet d’inventivité narrative et le scénario convenu et prévisible n’est autre qu’une histoire mille fois contée.


Oui mais...

Tout d’abord, James Cameron est un réalisateur émérite à qui on doit quelques œuvres marquantes du 20èmes siècles : Abysse, Terminator, Alien Le Retour, et bien sûr Titanic... Ces différents films ont à chaque fois été la preuve que Cameron sait se jouer des genres, se les accaparant, les sortant de leur niche pour en faire des jalons du cinéma populaire explosant à chaque fois les records : du nombre d’entrées ou bien de film le plus cher... AVATAR suivra ce même parcours.


Ensuite techniquement le film est une prouesse. A l’aide de la 3D, magnifiquement immersive, du numérique et de ces palettes de couleurs et de textures, James Cameron nous offre l’archétype d’un « monde perdu », flamboyant, foisonnant de plantes extraordinaires et de monstres fantastiques. Nous sommes entrainés dans des forêts splendides, nous plongeons à raz de falaises vertigineuses, nous participons à des batailles épiques se soulageant des contraintes des prises réelles pour offrir un spectacle en plan large, là ou d’autres films numériques se bornent à présenter des prises de vue traditionnelles (plans rapprochés, découpage haché) à la base uniquement dictées par le souci du raccord entre la doublure et l’acteur principal... Alors que Spielberg ouvrait les portes du possible avec Jurassic Park, James Cameron concrétise les possibilités visuelles promises : le numérique n’est plus seulement un artifice !


Enfin Cameron est un réalisateur intelligent et joueur. Tout d’abord il présente un film schizophrène entre le propos et le moyen : prônant un retour à la terre à l’aide d’outils numériques puissants, appelant à un niveau de conscience supérieur par le biais d’un peuple aux coutumes quelques fois primitives.

Ensuite, autour du thème de l’AVATAR et du jumeau, il tisse tout au long du film un parallèle entre l’expérience du spectateur, celle de Jake Sully et pourquoi pas celle du cinéma : d’abord l’émerveillement des possibilités, puis la confusion et les questionnements, ne sachant faire la part entre le réel et le virtuel, et enfin l’évidence. Une nouvelle vie pour Jake Sully, une nouvelle façon de montrer et de faire du cinéma, une nouvelle manière de le vivre.


AVATAR est donc l’occasion réelle de plonger dans un fabuleux monde virtuel, de vivre une expérience nouvelle de spectateur avec la 3D, de voir l’accomplissement du cinéma numérique par le biais des mythes du double et du jumeau (Jake et son AVATAR, le cinéma traditionnel et numérique). Mais si les mythes de Abel et Caïn, de Rémus et Romulus nous ont appris quelque chose, c’est qu’à l’accomplissement de leur mission, le meurtre de l'un par l'autre est inévitable : il est condition de survie... James Cameron semble avoir fait son choix, à moins que sa schizophrénie ne le reprenne !

chaud chaud les marrons

Voilà, 2009 vient de s'achever et les marronniers sont en fleurs.... Histoire de mettre aussi notre fleur au veston, voici mon "Best Of" 2009 et celui du blog Musiksetcultures (suivez le lien vous en serez plus sur ces choix).
En espérant que mes confrères Ray et Mapi nous rejoignent....

Pour la bande dessinée:
Pour ma part je rajouterais les rééditions suivantes:

Pour la musique:

Et le cinema:

dimanche 29 novembre 2009

Dieu En Personne de Marc-Antoine Mathieu

ça commence par un recensement civil. Longue file d’attente patiente et docile. Chacun attend son tour pour donner nom, prénom et matricule à un homme austère, remplissant à la plume son registre de ses précieuses informations.

-« ha c’est intéressant. Ainsi si vous n’avez ni numéro de matricule, ni inscription au service de sécurité »

« ... c’est à croire que vous n’existez pas !»

-« A défaut de papier d’identité j’ai une identité : Dieu DIEU. Mais en général on m’appelle DIEU tout court »

Voilà comment commence le nouveau livre de Marc-Antoine Mathieu : Dieu En Personne.

Après la surprise et l’incrédulité, il a bien fallut s’en assurer. Test psychologique, question scientifique, et révélation métaphysique. Pas de doute il est parmi nous, Dieu en personne.

E puis les plaintes ont commencés ; Dieu, créateur du Monde et de toute chose, a évidemment fait des insatisfaits...

S’ensuit procès, avocats, frais d’avocats... Mais Dieu est insolvable, alors on doit créer une marque « DIEU » ou DIEU ou peut être DIEU. Marketing, produits dérivés, sous-culture, cotation en bourse.... Le schéma classique de notre société de consommation.

Marc-Antoine Mathieu décrit ainsi notre société consumériste, comment elle s’accapare toute chose, concept idée pour en faire un produit de consommation, démontrant que le crédo actuel n’est pas de croire pour être mais bien de consommer.

En plus d’observer notre société de consommation à l’œuvre, Marc-Antoine Mathieu propose toute une réflexion sur Dieu en lui-même. Dieu en tant que concept, Dieu entant qu’être suprême, Dieu impulsion, Dieu causalité...

L’histoire est portée par le dessin et l’univers de Marc-Antoine Mathieu. Dans des planches blanches, grises et au noir intense, l’univers de Marc-Antoine Mathieu sied très bien au récit. Cité en ordre, architecture gigantesque tirée à la règle, loi, ordre règne sans partage dans l’austérité et le non-sens, très proche de l’univers d’une autre de ses excellentes séries « Julius Corentin Aquesfactes ».

Dieu en Personne est un livre dense, poussant la réflexion à chaque page, où le moindre dialogue est riche de sens, Dieu en personne est une lecture dont on ne ressort pas indemne, les neurones stimulés. Et ce qui ne gâche rien, le tout est servi par de très planches au noirs intense dans lequel sombrer.

Dieu en Personne de Marc-Antoine Mathieu chez Delcourt

samedi 21 novembre 2009

The Music Scene par Blockhead

1996, le Hip Hop commence à se vautrer dans la fange, il a retourné sa veste et a rangé aux placards ses aspirations originelles, pris entre la caricature et le baroque. Heureusement, un vent nouveau quoique glacial, se lève sur le monde la musique : Endtroducing de DJ Shadow sort chez Mo’Wax. A l’aide de samples de morceaux dont certains au statu de trépassé, DJ Shadow sonne l’avènement d’un nouveau genre de musique : l’Abstract Hip Hop. Rythmique à 90 BPM, envergure orchestrale, composition cérébrale, beats déstructurés et surtout pas d’égo surdimensionné pour se la ramener ! Le Hip Hop se prend une claque salvatrice et vois son champs des possibilités s’ouvrir. (Notons tout de même qu’en 95 The Herbaliser sort aussi The Remedies…de quoi alimenter les débats sur la paternité de l’Abstract Hip Hop...).

Depuis beaucoup se sont frottés au genre, et beaucoup auront cru qu’il suffisait de piocher dans la discothèque de papa-maman et d’aligner les samples pour jouer au chef d’orchestre. Très peu y arrivèrent... : The Herbaliser, Shadow, RJD2, et Blockhead.


C’est donc de ce dernier dont je vais vous parler et de son 4ème album : The Music Scene (It's Raining Clouds en écoute sur le myspace).

Blockhead s’est fait remarqué en produisant pour des MC New Yorkais dont Aesop Rock pour l’excellent Labor Days, et s’est vu enrôler dans le Dojo Ninja Tune pour des albums uniquement instrumentaux. Tout commence avec Music By Cavelight dont le titre ne sera pas démenti par le contenu : musique évocatrice d’image, onirisme, ombre et lumière, hip hop et downtempo. Downtown Science confirmera et Uncle Tony’s Coloring Book surprendra par les sentiers plus dansants empruntés.


Blockhead nous revient donc avec The Music Scene. Dès les premières mesures on retrouve le sens de la composition de Blockhead : beats hip hop, ambiances sombres et mélancoliques, mais présentant toujours quelques touches de lumière. Des morceaux évolutifs aux thèmes variés, multiples et mouvants, changeant les ambiances et confrontant les sensations. Vous savez, le bord de mer, un lendemain de tempête, le vent est tombé, les vagues grondent encore de la violence de la veille, le ciel est gris, mais le soleil perce par endroit, révélant les couleurs. On a froid mais les rayons du soleil réchauffent…

En effet la musique de Blockhead se manifeste par ce don pour la contradiction, cette faculté à faire cohabiter la lourdeur d’une rythmique saturée, la tristesse d’un violon, et de douces envolées de cuivres ou de chœurs (le poignant Daily Routine, sur fond d’engueulade de toxicos ou encore Which One Of You Jerks Drank My Arnold Palmer et Attack The Doctor).

Alors oui, on à le droit à « some depressive shits » mais pas uniquement. En effet, l’aventure Uncle Tony a permis à Blockhead d’expérimenter des compositions, certes moins riches, mais plus joyeuses et dansantes. Il a ainsi capitalisé cet apprentissage pour élargir sa palette de productions : The Music Scene nous propose aussi des morceaux plus enjoués tel que Tricky Turtle, The Prettiest Sea Slug ou Pity Party.


Une autre des caractéristiques de Blockhead et qui s’affirme d’autant plus avec Music Scene, est ce côté intemporel. A la fois musique poussiéreuse, (le son du vinyle qui craque) et moderne (le downtempo, les claviers électro). Cet aspect est renforcé par ces ambiances mélancoliques qui planent au dessus de l’ensemble du disque (même au-dessus des morceaux plus joyeux, je pense à Hell Camp, avec ses amples de gamins autour d’un feu de camp, ou Four Walls avec son refrain AutoTune (ça ! ça aurait pu être catastrophique…)).

Intemporelle aussi grâce à cette invitation au voyage (très spleenienne finalement…) qu’est la musique de Blockhead. D’une part dans le temps, ce qui est propre à la mélancolie. Se côtoie nappes de violons classiques, chœurs de comédie musicales 50’s ou religieux (Attack The Doctor) samples de chanteurs soul, guitare folks, électriques ou pshyché (Farewell Spaceman), cuivres de jazz… Comme dans le morceau d’ouverture It's Raining Clouds qui commence par un downtempo soutenu a coup de scratch, puis délayé dans des chœurs, une flute sautillante et un clavecin pour s’en aller vers des cuivres et une clarinette tristement joyeuse pour finir sur un drum’n bass sous prozac…

Mais ce voyage a aussi lieu sur le globe avec par exemple Tricky Turtles commençant par un afrobeat, nous emmenant sans décalage vers une musique orientale ou sous la mer avec The Pretiest Sea Slug.


The Music Scene assoie ainsi Blockhead comme producteur essentiel, maniant le sampling avec talent, subtilité et inspiration, là où généralement les coups de ciseaux et de colles sont criards. Blockhead s’inscrit plus encore dans le cercle des musiciens qui savent construire et décliner un univers propre et immédiatement reconnaissable, foisonnant et stimulant sans jamais tomber dans la redite.


L'album est actuellement seulement disponible en version numérique un peu partout mais surtout directement sur le site de Ninja Tune et sort en version CD et vinyle début 2010.

mercredi 11 novembre 2009

Pachyderme de Frederik Peeters

Me voilà bien emmerdé ! Pachyderme de Frederik Peeters est une des bandes dessinées qui m’a le plus emballée cette année (je ne serais pas surpris de la voir au palmarès d’Angoulême). Et je ne sais pas comment en parler !

Ca serait un truc obscur, un truc d’avertis, d’initiés, qui demande une culture bande dessinée conséquente, pleine de références ou des connaissances théoriques sur les jeux autour de la forme. Le problème serait réglé !

Pachyderme n’est évidemment pas dénué d’intérêt sur les points que je viens de soulever (la forme Bande dessinée par exemple, le dessin et les couleurs), mais ce n’est pas uniquement ça. Frederik Peeters fait preuve tout au long de sa bibliographie d’un sens de l’accessibilité : que se soit l’autobiographique Pilules bleues, la science fiction de Lupus, ou le réalisme de R.G., les livres de Peeters sont « faciles ». J’entends par facile cette capacité à mettre entre les mains du grand public, de tout un chacun, une discipline artistique sans la dénaturer. Je pense également à Manu Larcenet qui, lui aussi sait montrer les possibilités de son média de prédilection.

Pachyderme ne déroge pas.

Tout commence, dans un Genève d’après guerre, par Carice, notre héroïne, bloquée sur la route à cause d’un pachyderme qui a été renversé… Son mari est à l’hôpital et elle veut le rejoindre.

Le lecteur est ainsi prévenu, le récit sera fantastique ou sur une échelle de rationalité différente : réel, illusion et rêves sont entremêlés.

Il va être difficile d’en dire plus sans gâcher le plaisir de lecture. Car à l’instar d’un film de David Lynch, l’avancé dans le récit se fait à l’aveugle, on y croise des signes, des symboles, qui n’ont pas plus de sens pour les protagonistes que pour le lecteur (quoique le « P » manquant à Carice pour faire Caprice est déjà un début…).

Mais contrairement à un film de Lynch, et grâce au support bande dessinée lui-même, le décodage est aisé, on peut revenir en arrière, confirmer des choses croisées et comprendre leur signification. Frederik Peeters nous balade ainsi entre récit d’espionnage, introspection, auto-psychanalyse, dans un récit à tiroirs entre passé et présent, entre réalité et songe.

Alors voilà, on referme le livre, on a compris des choses, on a réussi à déchiffrer quelques symboles, des réponses ont surgi grâce à un jeu subtil de signes qui se répondent, d’indices dissimulés ici et là. Mais le voile n’est pas entièrement levé, on ressent une étrange sensation, finalement très proche de la couverture du livre : un vertige figé, et on a qu’une seule envie c’est d’y replonger… à la recherche de toutes les significations, même si l’on sait, que dans un rêve, il y a toujours une part d’impénétrable et que l’irrationnel est en soi une réponse…